N’y tenant plus, la première chose que je fais en me levant est de consulter ma messagerie. J’ai un mouvement de recul en lisant le nombre de notifications. J’en ai plus d’une centaine ! C’est une véritable avalanche. Mais la surprise fait vite place à la déception, le contenu de l’immense majorité des messages est consternant. Ils sont grossiers ou insultants. Mon profil ne semble avoir récolté que des illettrés et des adeptes de la vulgarité. C’est si dur à comprendre qu’on peut vouloir être dominée et respectée ? Il me semble que j’ai quand même le droit à un minimum de considération et de politesse. J’ai déjà entendu le discours selon lequel les femmes sont hypocrites parce qu’elles revendiquent l’égalité de traitement avec les hommes d’un côté et jouissent d’être dominées de l’autre. Je crois, moi, que le féminisme n’exclut pas d’entretenir des fantasmes de cet ordre. Au contraire, être féministe c’est assumer et revandiquer le droit à une vie privée libre de tout jugement par la société. Qui a dit que la vie sexuelle féminine devait se résumer à faire l’étoile de mer sur un lit ? Et d’après mes lectures, je ne crois pas qu’aimer la domination implique de renoncer au respect, et encore moins au consentement.
Tout en faisant le tri, l’un des messages sort du lot. L’expéditeur s’appelle DomB75. Je vais voir son profil pour en savoir un peu plus : il a 39 ans et vit à Paris, comme moi. Le ton de son message est neutre mais possède une certaine bienveillance qui me semble en accord avec l’idée que je me fais d’un dominant, ou tout du moins du partenaire que je recherche.
Loïse,
Ton profil a retenu mon attention. Je suis curieux de discuter avec toi pour comprendre les raisons qui te poussent à vouloir explorer le BDSM et voir de quelle manière je pourrais t’aider.
Brice.
Ce premier contact me semble prometteur, je décide d’accepter sa demande. Je suis indécise : dois-je lui répondre ou le laisser prendre la main sur la discussion ? Je ne sais pas quoi lui dire… Je décide de laisser passer quelques heures pour lui laisser le temps de prendre les devants. Je réactive mes notifications, je ne veux pas rater sa réponse.
Ma patience a porté ses fruits, je reçois un message de sa part une poignée d’heures plus tard.
Tu me vois ravi d’avoir éveillé ta curiosité.
Quelle est ton expérience de la soumission à ce jour ?
Faut-il que je le vouvoie ? Il me tutoie, j’hésite à faire de même. Dans le doute, je vais tourner ma réponse de manière à éviter d’utiliser un quelconque pronom pour ne pas faire de gaffe. Je pianote rapidement ma réponse :
Bonjour,
Merci de m’avoir répondu. Mon expérience reste très limitée. Je n’ai jamais pratiqué et voudrais découvrir.
Les « … » Qui dansent indiquent qu’il rédige en ce moment même sa réponse. Mon cœur cogne contre ma poitrine quand je reçois la notification. Nous conversons désormais en instantané.